Juan de la Cruz
Troisième dimanche de l’avent, nous nous réjouissons ; mais nous fêtons aussi San Juan de la Cruz avec qui nous chantons avant de faire silence pour écouter notre Seigneur.
Nous avions amenés 104 jeunes depuis le Sud-Gironde sur les traces de La Madre, Santa Teresa de Jesus, et de son « demi-moine »*, San Juan de la Cruz
Extrait du récit écrit au retour de ce pèlerinage
« Jeudi 3 avril 1986
C’est au tour des plus grands de quitter de bonne heure la maison diocésaine d’Ávila et il s’agit de faire plus vite qu’hier avec les plus jeunes. Mais à 7 heures, on cherche encore Didier notre chauffeur. qui arrive dans le car alors que nous y sommes déjà installés.
A Tolède, nous commençons bien sûr par le Carmel. Le groupe de Pierre Biscaye nous a présenté cette fondation en cours de route. Pierre nous parle aussi de Saint Jean de la Croix que ses ‘amis’ Carmes avaient emprisonné à Tolède pour ne pas qu’il les réforme !
Après avoir obtenu la clef de la chapelle et récupéré, à travers le tour de la sacristie, chasuble, hosties (formas) et tutti quanti, nous voilà prêts pour la célébration de l’Eucharistie. N’ont-ils pas l’idée, ces chers petits, de me demander de lire le cantique de l’âme dans la nuit obscure de St Jean ? Non, rien ne les arrête ! »
Ainsi, je vois trois ou quatre lycéens (quarante ans plus tard je pourrais en nommer ici au moins deux) qui entrent dans la sacristie et qui me demandent de lire le poème de la nuit de obscure.
« Pendant la messe ? Pourquoi pas au début. Occupez-vous en !
Non, pas nous, c’est trop compliqué, on ne comprend pas tout
Moi non plus leur dis-je, mais pour quoi alors ?
Pour l’écouter, on trouve que c’est beau ! »
Beaucoup trouvent beau ce poème, beau comme un chant. On raconte que St Jean de la Croix le composa dans sa prison et l’écrivit sitôt être arrivé au couvent des femmes après qu’il se fut enfui du couvent des hommes par une fenêtre surplombant le Tage.
C’est aujourd’hui dimanche 14 décembre la fête de Saint Jean.
Les Castillans le considèrent comme l’un de leurs plus grands poètes. J’écris ceci tout en écoutant un enregistrement de Vincente Pradal entendu fortuitement sur France Inter au début des années 2000. La musique va bien avec San Juan de la Cruz, avec le poème « Sin arrimo y con arrimo » que l’on peut traduite par « Sans attache et attaché, je vais vers Toi me consumant«
« En una noche oscura », en une nuit obscure, par une musique plus douce mais aussi plus « tendue », à la fois interrogative et pleine d’Espérance nous dit le désir de l’âme dans la recherche d’un Dieu qui se donne lui-même à nous ; dans une nuit obscure !
J’arrête là, vous avez, nous avons de quoi nourrir notre vie pour le ouiquende et même plus, surtout si vous regardez et écoutez les liens que je vous propose.
Pour ma part, je vais de ce pas au couvent Carme du Broussey !
* La Madre disait de San Antonio de Heredia et San Juan de la Cruz qui ont fait la première fondation des Carmes Déchaux que « les deux faisaient bien un moine et demi ! »
Gérard Faure+